- « Ce fut une époque qu’apparut en Afrique, un nouveau personnage. Depuis 1983, Thomas Sankara, nouveau président du Burkina Faso, voulut mettre fin à la corruption qui minait son pays. Il décida de faire ce qu’aucun président n’avait fait avant lui : diminuant son salaire de moitié, il réduisit le train de vie de ses ministres, et comme Robespierre, organisa des Tribunaux Populaires Révolutionnaires pour juger les corrompus. Puis, il engagea une réforme agraire plus équitable, et décida de s’attaquer au mondialisme en demandant à ses concitoyens de cesser de consommer les produits importés. Ce fut un succès, en peu de temps, la production agricole doubla dans le pays.
- Mais Sankara voulut aller plus loin. Il osa s’attaquer aux banques et chercha à entraîner tous les autres pays d’Afrique à refuser de payer leur dette. Il jugeait cet endettement illégitime car contracté dans les conditions peu scrupuleuses, ce qui n’était pas faux. Sankara savait ce qu’il risquait, et l’avait annoncé lors de la conférence au sommet des pays d’Afrique de l’Ouest : « Si le Burkina Faso tout seul refuse de payer la dette, je ne serai pas là à la prochaine conférence. » Le succès populaire fut considérable dans le pays. L’enthousiasme gagna même les populations des pays voisins, mais les dirigeants de ces pays étaient inquiets. Cet élan populaire risquant de mettre à mal le système de corruption dont ils profitaient, aucun d’entre eux n’accepta d’affronter la Banque Mondiale.
- Le président ivoirien Houphouet Boigny, prototype du Françafricain docile, tenta de le ramener à la raison et peut-être même de le corrompre, mais sans succès. Houphouet eut plus de résultats avec son premier ministre, Blaise Campaoré, chef de l’armée burkinabée dont il avait organisé le mariage et qu’il combla de présents.
- Le coup d’état eut lieu en octobre 1987. Sankara fut assassiné par les hommes de Campaoré, qui prit aussitôt sa place et renoua avec la politique néocoloniale.
- Sankara l’incorruptible restera incontestablement une des personnalités les plus attachantes du continent africain, comparable à celle du Che en Amérique du Sud. » Douat (2016 : 80 - 81)