Des archéologues ont découvert, grâce à une technologie laser de pointe, les vestiges d’une ville cachée sous la végétation. Et ont réussi à la reconstruire en 3D.

Il a fallu 200 ans pour retrouver cette cité perdue d’Afrique du Sud, et attendre encore un peu pour savoir à quoi elle ressemblait à l’époque. Baptisée Kweneng, la ville est située dans la réserve naturelle de Suikerbosrand, à une cinquantaine de kilomètres au sud de Johannesburg.
Cette ville d’Afrique australe a été habitée du XVe siècle jusqu’il y a environ 200 ans. C’était une « métropole » prospère, avant qu’elle ne soit détruite ou abandonnée dans les années 1820, probablement à cause des guerres civiles, suppose Karim Sadr, professeur d’archéologie à l’Université du Witwatersrand (Afrique du Sud).
« Il y a quatre ou cinq décennies, des archéologues de l’Université du Witwatersrand avaient fouillé plusieurs anciennes ruines dans et autour des collines du Suikerbosrand. Mais au niveau du sol et sur les photos aériennes, on ne pouvait pas apprécier toute l’étendue de ce peuplement, car la végétation cache une grande partie des ruines », écrivait Karim Sadr il y a un an dans The Conversation.
Environ 10 000 habitants
Les recherches ont pu avancer grâce à une technologie laser de pointe, le LiDAR (Light Detection and Ranging). Cette machine dirige des milliards de lasers au sol, explique le site d’actualité scientifique LiveScience. Une fois que les lasers touchent un objet, ils rebondissent vers la machine, qui calcule le temps qu’il leur a fallu pour revenir. Ce temps donne une distance que la machine peut utiliser pour créer une carte 3D de la région. « Il nous a permis, mes élèves et moi, de créer des images du paysage et d’éliminer virtuellement la végétation. Cela permet d’avoir une vue aérienne imprenable sur les bâtiments et monuments anciens », poursuit Karim Sadr.

Cette photographie aérienne, réalisée à l’aide des lasers, montre les ruines qui restent de la ville de Kweneng. (Photo : capture d’écran The Conversation/Karim Sadr)

Les archéologues ont donc découvert que Kweneng s’étendait sur 20 km². Selon eux, entre 750 et 850 fermes ont été dénombrées, et ils estiment que la cité pourrait avoir abrité jusqu’à 10 000 habitants appartenant à l’ethnie Tswana, dont une partie vit encore en Afrique du Sud, au Botswana et en Namibie.
Ces recherches permettent de « combler une énorme lacune historique pour l’Afrique australe, parce que son histoire précoloniale n’est consignée dans aucun écrit », a déclaré à l’agence de presse Reuters Fern Imbali Sixwanha, doctorante qui travaille dans l’équipe étudiante Kweneng.
Mais l’étude est loin d’être terminée à Suikerbosrand, selon le magazine Geo. En effet, les spécialistes pensent qu’il faudra encore dix à vingt ans pour tout savoir sur la naissance, le développement et la disparition de Kweneng, en combinant la technologie LiDAR et les fouilles sur le terrain.